Janthina janthina – Le Petit Escargot Violet des Océans
Ce petit mollusque marin est l’un des organismes les plus surprenants du pleuston – la communauté d’animaux vivant à la surface de l’océan. Malgré sa taille modeste et sa coquille délicate, Janthina janthina est une créature fascinante qui illustre parfaitement l’adaptation à un habitat extrême : la surface libre de l’eau.
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Apparence et Habitat
Janthina janthina est un gastéropode marin d’eau salée qui passe toute sa vie à la surface de l’océan, jamais au fond. Son corps et sa coquille ont une couleur violet intense, ce qui lui donne son nom commun d’escargot violet.
Sa coquille :
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est très fragile et mince, souvent de quelques centimètres de diamètre (jusqu’à ~4 cm).
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présente un contre-ombrage inversé : la face inférieure de la coquille (qui est vers le haut quand il flotte) est plus sombre, ce qui aide à se camoufler en surface.
L’escargot vit à la surface des océans tropicaux et subtropicaux du monde entier (distribution circumequatoriale), dans des zones où les courants concentrent les organismes flottants.
Mode de Vie et Déplacements
Contrairement à la plupart des escargots marins, Janthina janthina ne nage pas et ne marche pas sur le fond. Il se maintient en surface grâce à un « radeau de bulles » qu’il fabrique lui-même :
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Il sécrète un mucus collant depuis son pied.
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En y emprisonnant des bulles d’air, il construit une structure flottante qui l’aide à rester en permanence en surface.
Si ce radeau se détache ou se rompt, l’animal ne peut plus remonter à la surface et coule, ce qui est fatal pour lui.
Ainsi, ses déplacements ne sont pas actifs : il dérive au gré des vents et des courants. Lors de vents forts ou de tempêtes, des milliers d’individus peuvent se retrouver échoués ensemble sur les plages, comme observé ici.
️ Alimentation
Janthina janthina est un prédateur spécialisé des organismes qui vivent aussi à la surface :
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Il se nourrit principalement de cnidaires néustoniques tels que :
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Velella velella (les « voiliers » ou by-the-wind sailors)
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Physalia physalis (galère portugaise / bluebottle)
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Porpita porpita
Ces petites créatures flottantes sont souvent confondues avec des méduses et sont leur principale source de nourriture.
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J’ai photographié de petites Physalis sur la plage : ce sont probablement des proies directes de ces escargots violets ! C’est un bel exemple d’interaction trophique directement observable après un échouage.
L’escargot utilise un proboscis extensible pour capturer et consommer ces organismes gélatineux.
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Reproduction et Cycle de Vie
L’un des traits les plus étonnants de Janthina janthina est sa stratégie reproductrice :
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L’espèce est protandrique : les individus commencent leur vie en tant que mâles, puis se transforment en femelles à mesure qu’ils grandissent.
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Les mâles produisent du sperme qui est libéré vers l’extérieur, et la fécondation a lieu lorsque le sperme atteint une femelle.
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Les œufs sont retenus et incubés par la femelle jusqu’à ce qu’ils éclosent en une larve veliger (larve nageuse), qui possède encore un opercule.
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Ces larves nagent avant de devenir adultes et de produire leur propre radeau de bulles.
Distribution Géographique
Janthina janthina est une espèce mondiale des eaux chaudes ou tempérées :
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Présente dans les océans Atlantique, Pacifique et Indien.
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Fréquemment trouvée échouée après des tempêtes ou des vents forts sur des plages de divers continents.
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En Australie, on la trouve sur les côtes tropicales et tempérées, mais elle est aussi signalée dans bien d’autres régions tropicales.
Pourquoi on les voit souvent sur la plage ?
Ces escargots ne sont pas des habitants permanents du littoral : ils dérivent en pleine mer. Cependant :
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Lors de événements météorologiques (vents, courants, tempêtes), leur radeau peut être poussé vers la côte.
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Ils sont ultra légers et fragiles, donc ils se retrouvent facilement sur le rivage, souvent en grand nombre.
C’est probablement ce qui a causé l’échouage récent à Hienghène : une combinaison de courants et de vents qui ont poussé ces organismes en surface vers la plage.
À retenir
✔ Janthina janthina est un espèce pelagique et pleustonique qui ne vit qu’à la surface de l’eau grâce à un radeau de bulles qu’elle construit elle-même.
✔ Elle se nourrit principalement de cnidaires flottants comme Velella et Physalia.
✔ Elle a une biologie reproductive unique, changeant de sexe au cours de sa vie.
✔ Les échouages massifs sur les plages sont souvent liés à des conditions météorologiques ou océaniques particulières.
D’où vient la couleur violette de Janthina janthina ?
La couleur violette intense de Janthina janthina n’est pas due à un simple pigment de coquille, comme chez beaucoup de mollusques. Elle provient d’un mélange de pigments organiques spécifiques, principalement des porphyrines, produites par l’animal lui-même.
Une couleur produite par l’escargot
Contrairement à certaines espèces qui tirent leurs couleurs de leur alimentation, Janthina janthina synthétise ses propres pigments :
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Les porphyrines sont des molécules proches de celles impliquées dans l’hémoglobine ou la chlorophylle (mais avec une fonction différente ici).
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Ces pigments sont intégrés à :
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la coquille
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le mucus
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et parfois aux tissus mous
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C’est ce qui explique :
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la teinte violette uniforme
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le fait que la couleur reste visible même après la mort, tant que la coquille n’est pas dégradée.
Un rôle fonctionnel : camouflage et protection
Camouflage inversé
Janthina janthina flotte coquille vers le bas, l’animal étant suspendu sous son radeau de bulles.
La partie visible depuis le ciel est donc la face ventrale violette :
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Vue du ciel : le violet sombre se confond avec la surface sombre de l’océan.
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Vue depuis l’eau : la surface claire est masquée par l’éclat du soleil.
C’est un contre-ombrage inversé, parfaitement adapté à la vie en surface.
Protection contre les UV
Les porphyrines ont aussi la capacité :
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d’absorber une partie des UV
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de protéger les tissus exposés en permanence au soleil tropical
Un avantage crucial pour un animal vivant en pleine surface, sans possibilité de se cacher.
Et l’alimentation dans tout ça ?
Même si Janthina janthina se nourrit de physalies (elles-mêmes bleutées/violettes),
sa couleur ne vient pas directement de sa nourriture, contrairement à certains nudibranches.
Cependant, il est probable que son régime riche en cnidaires ait influencé l’évolution de cette coloration, par sélection naturelle (camouflage + protection).
En résumé
✔ Couleur due à des pigments porphyriniques
✔ Pigments produits par l’escargot, pas recyclés depuis ses proies
✔ Rôle : camouflage + protection UV
✔ Adaptation clé à la vie pleustonique
Pourquoi cet échouage est-il inhabituel à Hienghène ?
Les échouages de Janthina janthina sont par nature imprévisibles.
Cet escargot violet vit en pleine mer, à la surface de l’océan, parfois très loin des côtes. Il ne se déplace pas activement : il dérive au gré des vents et des courants, accroché à son radeau de bulles d’air.
En Nouvelle-Calédonie, aucune série d’observations scientifiques ne recense régulièrement ce type d’échouage, contrairement aux mammifères marins. Cela signifie que ces événements sont :
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soit rares,
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soit passés inaperçus,
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soit non documentés, car concernant de petits organismes fragiles.
Le fait que des habitants nés ici disent n’en avoir jamais vu est donc tout à fait crédible.
Les échouages de Janthina nécessitent une combinaison très spécifique de facteurs :
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présence en mer de populations importantes d’escargots violets,
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abondance de leurs proies (comme les physalies),
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vents persistants orientés vers la côte,
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courants favorables au transport du pleuston vers le littoral.
Lorsque ces conditions sont réunies, le phénomène peut être spectaculaire, mais aussi très ponctuel, parfois à l’échelle de plusieurs décennies pour une même zone côtière.
Cet échouage observé à Koulnoué est donc un événement naturel remarquable, révélateur de la vie discrète mais riche de la surface océanique, habituellement invisible aux yeux des plongeurs comme des riverains.
Ce phénomène existe ailleurs dans le monde, même dans des zones inattendues
Des archives naturalistes montrent que Janthina janthina peut être observé échoué loin de son habitat normal quand les conditions océaniques le permettent — par exemple sur des plages du Pacifique, d’Hawaï ou de Californie, souvent associé à des photos de vastes accumulations après des vents ou des courants particuliers.
Cela prouve qu’une espèce pelagique comme J. janthina peut apparaître sur les plages localement même dans des zones où elle n’est pas souvent notée par les gens ou dans les enregistrements scientifiques.
En résumé
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Non, il n’existe pas de registre scientifique connu d’échouages de Janthina janthina en Nouvelle-Calédonie à ce jour.
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Oui, il est tout à fait possible — et même logique biologiquement — que ces escargots puissent s’échouer par centaines ou milliers à Hienghène, simplement parce que leurs populations flottent en pleine mer et que les vents/courants les poussent vers le rivage.
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Le fait que mes voisins n’en aient jamais vu ici n’est pas une preuve qu’ils n’y ont jamais été : ces événements sont typiquement sporadiques et dépendants des saisons, des vents et des courants, et souvent non documentés scientifiquement dans beaucoup de régions du Pacifique.
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